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 Sujet du message: Les hommes sauvages en France
MessagePosté: Ven Juillet 01, 2022 16:32 
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C'est un sujet qui mérite d'être évoqué, notamment avec les travaux de chercheurs éclairés. Je pense à Christian Le Noël, Michel Raynal, Jean Roche ou encore Florent Barrère et bien d'autres. Il nous force à nous interroger sur nous-mêmes, sur nos origines, et peut éventuellement éclairer les débats de notre époque.

Un folklore riche en hommes-sauvages

Le Basajaun du Pays Basque, Les Bretous des Hautes-Alpes, les Iretges du massif des Trois Seigneurs en Ariège...Depuis l'époque médiévale, le folklore français parle d'étranges « hommes-sauvages ». Ils se retrouvent sur des bas-reliefs, des sculptures, des armoiries, des tapisseries, sur les façades des églises, comme à Clermont-Ferrand, dans le Poitou ou encore en Bretagne.

Avec ses nombreuses grottes, carrières, sépultures, vestiges, la France est l'un des berceaux de la Paléoanthropologie, où des découvertes importantes, de renommée internationale, ont été réalisées. Le spectre de l'Homme préhistorique, celui de Tautavel, de Cro-Magnon, de la grotte Chauvet et de Lascaux, plane encore sur nos vallées reculées. Ces "créatures" se fondent donc parfaitement dans cet environnement où l'homme et le singe, où différentes espèces d'hominidés, partagent une histoire commune.

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Différentes representations de l'homme-sauvage

L'homme-sauvage est généralement décrit comme étant grand et velu, physiquement très puissant, à la mâchoire carrée, aux arcades sourcilières prononcées et au front fuyant; maître des forêts, des grottes et des cavernes. Nu, parfois vêtu de guenilles, il aurait toujours vécu en marge de notre ancienne société rurale, repoussé par l'expansion des villages, le développement de l'agriculture, de la chasse et de l'élevage. Il est bien connu des bergers, des paysans et de ceux qui cultivent la terre. Dans le recueil de différentes légendes consignées par Claude Seignolle (Les Évangiles du Diable, selon la tradition populaire), l'homme-sauvage est ainsi nommé "Mange-chien" : il est "nu et noir comme les plumes d’un merle", a des sourcils "drus et froncés" (...) "une tignasse de poils de sanglier au milieu de son front et sur la nuque" avec des yeux comme des "charbons ardents" et le visage comme "le masque d’un singe"...

Aux alentours de l'An 1000, dans le Vallespir qui relie les Pyrénées à la basse plaine du Roussillon, le village d'Arles-sur-Tech est éprouvé par une inondation catastrophique ainsi qu'un épisode de famine. Mais pire, des hordes de macaques, vraisemblablement poussés par la faim et la montée des eaux, s'en prennent au village. Ni loups, ni ours, ni sangliers, ils entrent dans les maisons, fracassent les portes d'entrées et les cheminées. Ils sont surnommés les Simiots [du latin, Simia : singe] : "des espèces de singes, gorilles, babouins, cynocéphales dont le vieux chroniqueur et la tradition locale ne parlent encore que sous le nom de Simiots" (abbé Adolphe Crastre, Histoire du martyre des saints Abdon et Sennen)..."La nuit il entraient dans les maison, en faisant s’effondrer les cheminées, prenaient plaisir à effrayer les gens. (..).Ils croyaient que les gens étaient des démons, car quand ils avaient froid, ils soufflaient sur leurs doigts pour les réchauffer, et lorsqu’ils avaient des aliments brulants, ils soufflaient également dessus pour les refroidir (Joan Amades, auteur du Folklore de la Catalogne).

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Un Simiot, Eglise St Sauveur d’Arles, XIIème siècle

Quand il n'est pas accusé de terroriser les bonnes gens, l'homme-sauvage est accusé d'être le "Diable" en personne, et persécuté par l’Eglise médiévale. Personnage de la forêt, païen, hérétique, capturé et condamné à brûler vif au bûcher par l’Inquisition (XIII-XVème siècle), on le confondra bien souvent avec l’Ours ravisseur au Moyen-âge : bête perverse, elle est attiré par les bergères qu’elle enlève sur ses deux pattes arrières pour l'entraîner dans une grotte, de ces unions sexuelles naissent souvent des "enfants-ours", hybrides féconds (miracles de la génétique inter-espèces !). On relèguera finalement l'homme-sauvage bipède au rang des croque-mitaines, loups-garous, satyres, et autres bestioles fantastiques pour effrayer les enfants...

Pour la petite anecdote : en 1393, à l’occasion d'un mariage, le roi Charles VI et plusieurs autres seigneurs se déguisent en « hommes-sauvages » pour amuser la galerie, et s’enduisent le corps d’étoupe et de poix. Les costumes, hautement dangereux, s'enflamment au contact d'une torche. Quatre danseurs meurent dans un incendie, ce qui affecte durablement Charles VI. C'est l'épisode du "bal des Ardents".

En 1754, Jean-Jacques Rousseau parlait encore de "Sauvages des Pyrénées" dans son "Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes". Le naturaliste Linné a classé ces humains marchant à quatre pattes, incapables de parler, dans l'espèce "Homo ferus".

En 1776, l’ingénieur de la Marine Julien David Leroy décrit l'existence d'un homme-sauvage en forêt d’Iraty au Pays Basque : "[les bergers] voyaient souvent un homme sauvage dans les roches de la forêt d’Iraty. Cet homme était de grande taille, velu comme un ours et alerte comme les isards, d’une humeur gaie, avec l’apparence d’un caractère doux, puisqu’il ne faisait de mal à rien ni à personne. Souvent il visitait les cabanes sans rien emporter ; il ne connaissait ni le pain, ni le lait, ni le fromage ; son grand plaisir était de courir après les brebis et de les disperser en faisant de grands éclats de rire, mais sans jamais leur faire de mal. Les bergers lâchaient souvent leurs chiens après; alors il s’enfuyait comme une flèche, et ne se laissait jamais approcher de trop près" (L’exploitation forestière dans les Pyrénées, Mémoire VII, 1776).

Cette fascination de l'homme-sauvage donnera naissance, aux frontières française comme celles avec l'Espagne, l'Italie ou la Suisse, à des célébrations populaires et autres carnavals. Ces festivités symbolisent la victoire de l'homme moderne contre la bête, le rejet de notre propre nature animale. Dans le Pays Basque, à Bayonne, on célèbre le Basajaun, ou le Basajaunak, le seigneur sauvage des Pyrénées-Atlantiques.

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Portail de la Collégiale de Semur-en-Auxois, XIIème siècle

Témoignages récents, du XIXème siècle à nos jours

Fait étrange, on aurait observé des hommes-sauvages en France jusqu'au XXème siècle. Des témoignages cryptozoologiques existent, ils ne sont pas aussi nombreux et variés que ceux du Bigfoot au Canada, ou de l'Almasty du Caucase, en Russie....mais ils ne doivent pas être ignorés pour autant.

Dans le massif du Valgaudemar, dans le parc national des Ecrins, ont vécu jusqu'au XIXème siècle des Bretous : vers le hameau abandonné des Peines situé au-dessus de Villar-Loubière, entre 1870 et 1890, existait encore un couple. Le mâle et la femelle vivaient dans une grotte, ils étaient surnommés "Joue-Noire" et "Mouton-Bourron". On les captura pour les tuer à Saint-Maurice, sur la place de l’église du village. Leurs effigies sculptées seraient celles que l'on voit aujourd'hui sur le clocher. L’incident est corroboré par un texte archivé au musée des arts premiers de Gap.

Le folklore local des Hautes-Alpes est rempli de ces histoires d'hommes-sauvages. On y prétend qu'en été, lors de la transhumance, les Bretous aidaient les bergers à garder les moutons contre une miche de pain, en faisant fuir les loups. Au Noyer, commune rurale sur la rive gauche du Drac, les Moundzes volaient dans les maisons, entrant parfois par la cheminée. Au Puy-Saint-Eusèbe et Puy-Sanières, près du lac de Serre-Ponçon, ce sont les Masques qui causaient grands troubles dans les hameaux...

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Le majestueux Parc national des Écrins, d'une surface de 925 km²

Durant l'été 1987, à Saint-Jean-de-Belleville (région Auvergne-Rhône-Alpes), deux gamines aperçoivent un sorte de singe de taille humaine, semblable à un "Nasique", au torse bombé et au regard intelligent (Témoignage de Delphine Tarrieu).

Dans le Valbonnais, on fait également mention des Carcaris, créatures velues des montagnes, se nourrissant de racines et de fruits.

Le site des gorges du Verdon, dans les Alpes-de-Haute-Provence, est aussi le théâtre de plusieurs témoignages d’hommes-sauvages jusque dans les années 1980. Comme le rapporte le Bulletin d’une association de la ville provençale de Digne-les-Bains (Pedro, « L’homme du Grand Canyon », Juin 1982), un témoignage fait part d'une observation d'un bipède "entre l’homme actuel et le singe : "D’un bond, il sauta à mes pieds en grognant de plus belle, il se rua sur mon sac qu’il arracha de mes épaules et fouilla le tout sans prêter attention aux lanières qui le fermaient. Velu des pieds à la tête, ses immenses yeux noirs n’étaient pas allumés de vengeance ni de désir de meurtre. Bien au contraire, il avait l’air piqué d’une certaine curiosité. En fait, je ne l’intéressais pas. Il s’empara simplement du pain, des tomates et des oranges et « L’homme du Grand Canyon » partit en trottinant et en grognant. Il escalada des rochers abrupts avec une surprenante agilité et disparut dans les bois".

Dans l’histoire locale des alentours du lac de Sainte Croix, des créatures velues sont accusées d’enlever les humains. A la gendarmerie de Comps-sur-Artuby, un couple de "sauvages" se serait laissé mourir de faim, dans un état de tristesse inquiétant, après avoir été capturé. Les deux énigmatiques nains furent finalement relâchés dans un gouffre près de Trigance, pris en pitié par les gendarmes...

En 2007, Florent Barrère entend un hurlement, long, profond, effrayant, lors d’un bivouac dans la forêt d’Iraty, début d'une longue fascination pour le sujet.

Que penser de ces histoires ?

L'homme-sauvage est ancré dans nos mythes et légendes, dans notre folklore, depuis le Moyen-Age...Mais existe-t-il ailleurs que dans notre imaginaire collectif ?

1. Une méprise avec l'ours ?

L'Ours brun a toujours fait partie du paysage français depuis des centaines de milliers d'années. Il est souvent considéré comme le dieu de la forêt et/ou de l’hiver, objet de culte et de fascination par les peuples anciens. Plusieurs légendes parlent de l'accouplement entre un ours et une femme humaine, comme celle de Jean de l’Ours dans les Pyrénées, mi-humain, mi-animal, doté d'une force surhumaine. L’Église va chercher peu à peu à combattre ce culte, associé aux rites et aux pratiques païennes. Au XIIe siècle apparaissent les "montreurs d'ours" qui vont de village en village, de foire en foire, accompagnés de plantigrades muselés et dressés. Puis viendra son extermination, fracture dans sa rélation avec les français, avant d'être finalement réintroduit avec prudence. Le fait que l’ours soit bipède, omnivore, qu'il attaque le bétail, tout en ayant de nombreux gestes et attitudes humains, peut expliquer ces légendes d'hommes-sauvages...

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2. Des grands singes ?

En 1850, un fossile de grand singe préhistorique français a été découvert pour la première fois dans une carrière sur la commune de Saint-Gaudens, au lieu-dit Côte de Valentine. Il s'agit des restes de Dryopithecus qui a vécu au Miocène y a 7 à 13 millions d’années. Ces primates ressemblaient aux chimpanzés et aux gorilles actuels. La Paléoanthropologie nous apprend que des restes de primates sont nombreux en Europe comme Danuvius Guggenmosi en Bavière ou l'Oréopithèque en Toscane et en Sardaigne (Italie).

Dès le Moyen-Âge, le singe est omniprésent chez les bourgeois et les seigneurs. Objet de divertissement, en posséder un est un luxe exotique et il attire les riches acheteurs occidentaux. L’intérêt qu'on lui porte, le singe le doit à sa troublante ressemblance avec l’homme. Se pourrait-il que des singes aient été relâchés pour se multiplier jusqu'à devenir un mythe, une créature de la forêt associée aux nains et aux lutins dans le folklore ?

Se pourrait-il également que des singes anthropoïdes aient survécus jusqu'à nos jours, dans les vallées plus reculées de France ?

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3. Des hominidés reliques ?

Nous savons aujourd'hui que la chronologie classique de la Préhistoire est à revoir, qu'il n'existe pas une "lignée directe humaine", mais plusieurs espèces de bipèdes anciens : Homo neanderthalensis, heidelbergensis, erectus, denisova...Certaines ont disparus sans laisser de traces ni de descendants, d'autres ont survécu dans nos propres gènes d'après les données reposant sur l'analyse de l'ADN mitochondrial. Se pourrait-il que des hominidés aient survécus en très petit nombre jusqu'à nos jours, dans les massifs les plus reculés, comme ceux des Alpes, des Pyrénées, jusqu'à finalement s'éteindre dans l'indifférence générale ?...

Ces "hommes sauvages et velus", devenus chasseurs de petits gibiers, et même charognards, auraient vécus en marge de la population des campagnes française, qui se souvient très bien d'eux, avant son exode vers les grandes villes. Une sorte de "race oubliée", dont le territoire se serait peu à peu réduit au fil des siècles, écrasé par la civilisation, l'exploitation forestière, la construction des routes goudronnées et des stations touristiques. Beaucoup vivent encore dans les vallées sauvages espagnoles, suisse et italiennes, tout comme le loup et l'ours, emblèmes du retour et de la conservation des grands animaux sauvages de notre Préhistoire Européenne...Tout n'est bien sûr, que pure hypothèse...

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 Sujet du message: Re: Les hommes sauvages en France
MessagePosté: Sam Juillet 02, 2022 18:13 
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Mince ! je suis identifié :lol:

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 Sujet du message: Re: Les hommes sauvages en France
MessagePosté: Sam Juillet 02, 2022 20:11 
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Merci Maia87 pour ce sujet très intéressant.


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 Sujet du message: Re: Les hommes sauvages en France
MessagePosté: Dim Juillet 03, 2022 18:01 
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Oui, un grand merci bien sur ! juste pour dire, ado ,mes ami(e)s m’appelaient l'homme des bois...

Un physique qui me laissait passer pour plus agé, un mode de vie à la campagne un peu sauvage revendiqué... bref c'était ma révolte d’ados... depuis je me suis normalisé :roll:

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 Sujet du message: Re: Les hommes sauvages en France
MessagePosté: Lun Juillet 04, 2022 07:27 
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Être un peu sauvage, ça a parfois du bon ! :lol: :lol:


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 Sujet du message: Re: Les hommes sauvages en France
MessagePosté: Mer Juillet 06, 2022 17:31 
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Oui :lol:

en tout cas çà contre balance les dogmes parfois trop sages et bien/trop normés :mrgreen: ça n'empêche pas non plus d'être parfois fréquentable :roll: :wink:

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